Vie économique

Technologie

Santé

Podcasts

Mes lectures du moment

Libres pensées

Gouvernance

Géopolitique

Education

Culture

Architecture & urbanisme

Aphorismes

Agriculture & Environnement

“En Algérie, on vit une fin d’époque”

Le 25 novembre 16

https://www.lepoint.fr/economie/slim-othmani-en-algerie-on-vit-une-fin-d-epoque-25-11-2016-2085715_28.php

ENTRETIEN. Réformes économiques, rente pétrolière, société civile…, l’homme d’affaires, connu pour son franc-parler, décrypte la situation actuelle du pays.

Depuis qu’il a claqué, en 2014, la porte du Forum des chefs d’entreprise (FCE) algérien en pleine élection présidentielle, Slim Othmani, PDG de l’entreprise algérienne numéro un dans les jus de fruits, est une des voix qui comptent dans le débat économique. Également président du think tank Care (Club d’action et de réflexion autour de l’entreprise), l’homme d’affaires est revenu sur la situation inquiétante de l’économie algérienne avec la rente pétrolière et aussi les nouvelles perspectives qu’ouvre le business avec l’Afrique subsaharienne. Il explique.

Le Point Afrique : Vous avez tendance à critiquer l’environnement des affaires en Algérie. De nouvelles réformes ont été prises, d’autres sont prévues. Les choses évoluent dans le bon sens ?

Slim Othmani : C’est effectivement une étiquette difficile à enlever. Au-delà de cela, ce qui m’intéresse plus que tout, c’est l’amélioration du climat des affaires en Algérie. On constate aujourd’hui que le gouvernement a beaucoup de difficultés à se départir de l’emprise qu’il a sur le monde de l’entreprise. Comme il peine à en finir avec la ségrégation « entreprise publique  » versus « entreprise privée  ». De façon paradoxale, le gouvernement multiplie les signes d’ouverture tout en augmentant le nombre d’entraves à la liberté d’entreprendre. Ce qui me fait dire qu’il existe deux courants de pensée qui s’entrechoquent au niveau de l’exécutif : l’un, très ouvert, partisan d’une Algérie moderne; puis celui de ceux appartenant à une ligne plus dure, qui prônent quasiment un retour aux années 70, dans une logique de patriotisme économique aveugle, et une tentation populiste très forte. Probablement que la fin d’une époque, perçue par beaucoup d’entre nous, pousse certains à se positionner de façon opportuniste, au détriment de l’économie algérienne et de l’avenir de toute une nation.

Une relation entretenue par la rente pétrolière. La chute des barils du cours du pétrole aurait pu entraîner une réforme profonde du modèle algérien. Encore un rendez-vous manqué ?

Tout à fait ! Et les options prises sont incompréhensibles. Seules la résorption du déficit budgétaire et la préservation du climat social ont guidé les rédacteurs des dernières décisions. C’est bien dommage, car on ne bâtit pas une économie prospère sur le court terme.

La transition est toutefois amorcée, même si elle est encore timide. Le risque étant de déstabiliser le pays. Aussi pervers soit-il, c’est ce modèle, très social, qui a permis à l’Algérie de sortir, seule, de la décennie noire et de retrouver un semblant de stabilité…

Je n’en disconviens pas. Le problème majeur étant que nous ne sommes toujours pas dans un mode participatif. On ne consulte pas les acteurs économiques, la société civile. Pour preuve, le chef de l’État et le Premier ministre eux-mêmes ont maintes fois exhorté, lors de conseils des ministres, le gouvernement à consulter davantage la société civile. Les faits sont têtus. À titre d’exemple, la loi de finances 2017, qui n’a pas été rendue publique suffisamment tôt, a été rejetée. Parce qu’il n’y a pas de démarche claire de communication, un semblant de discussion et d’échange. Il y a de telles guerres de pouvoir au niveau de la classe politique que le bateau n’avance pas, malgré les orientations données par le président de la République.

L’alternative viendra-t-elle du secteur privé ? Lequel pousse à une série de réformes. Il est par ailleurs à l’initiative, le FCE du moins, du Forum africain d’investissements et d’affaires qui se doit tenir en décembre prochain…

On manque d’humilité d’une certaine manière. On doit se poser la question de savoir ce que nous avons à apporter aux pays africains, lesquels n’ont pas attendu les entreprises algériennes. Les grands acteurs du monde sont déjà présents sur le continent, la Chine, l’Europe, mais aussi le Maroc…  Il faut une stratégie claire de déploiement à l’international. Les instruments qui vont accompagner l’offensive algérienne devront avoir été mis en place (nous n’avons pas besoin de réinventer la roue, copions dans un premier temps ce qui existe ailleurs). En 1970, Boumediene avait tracé les grandes lignes de la stratégie africaine de l’Algérie. Mais, à sa mort, le projet est tombé à l’eau. On doit aussi envisager des alliances stratégiques comme avec la Tunisie, pays qui, de mon point de vue, est consubstantiel à l’Algérie. La frontière économique devrait être bannie pour une plus grande mobilité des personnes et des capitaux. La Tunisie compte d’importantes compétences, un tissu économique diversifié sur lequel on pourrait s’appuyer. La Tunisie devra rester une priorité dans la stratégie algérienne. Au-delà, il faut une diplomatie économique active que le ministère des Affaires étrangères tente de déployer. On ne peut que s’en réjouir…

Dans de nombreuses interviews, vous appelez à un changement de mentalité. Le processus est en cours ?  On voit notamment de plus en plus de jeunes entreprendre, innover, des think tanks faire preuve de propositions très concrètes et nourrir le débat. Je pense à Nabni mais également à Care que vous présidez…

J’ose croire cela. On commence à le percevoir au niveau des banques publiques qui viennent vers nous. Jusqu’à présent, elles se limitaient à des activités de dépôt, aujourd’hui, elles se transforment. Signe qu’un changement de mentalité est en train de s’opérer. Il est aussi palpable au niveau de divers services publics. L’Algérien accepte finalement de servir l’Algérien. Un continent a besoin de pays locomotives et un pays a besoin de sociétés locomotives. Aujourd’hui, l’Algérie est une locomotive dont on commence à apercevoir la fumée, ça va démarrer. Je le pense sincèrement, mais cela prend trop de temps et le risque « social  » n’est pas à exclure. Je le répète, on perçoit les signes d’un changement d’époque sous l’influence de nombreux acteurs. D’excellentes idées pour l’Algérie sont proposées et on commence à entendre ces nouvelles voix. Il s’agit désormais d’inscrire les opportunités et les espoirs dans cette image positive d’une Algérie rêvée. Oui, l’Algérie n’est peut-être pas le paradis sur terre, il y a encore des obstacles à l’entrepreneuriat, mais c’est un pays qui regorge d’opportunités, où l’on peut réussir de très beaux projets, avec une rentabilité intéressante. Notons au passage que le secteur des services a toujours été ignoré par les gouvernements qui se sont succédé qui n’ont d’yeux que pour l’industrie. En améliorant la qualité de vie via le développement des services, on va pourtant créer une multitude d’emplois, bien plus que n’en créerait l’industrie. En attendant, on vit tous dans une immense Sonatrach…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Ce contenu vous parle ? Abonnez-vous à la newsletter et recevez la prochaine parution automatiquement.

Découvrez aussi

Podcasts

Episode #134: Rachid Koraïchi – Le conteur d’âmes ...

Derrière les symboles et les signes, il y a des histoires. Rachid Koraïchi, artiste et conteur, nous emmène dans un voyage où l’art devient ...

4 Commentaires

24 août, 2025

Episode #133: Rachid Ibersiène - Ce que le fromage...

Il y a des voix qui apaisent et des métiers qui racontent une autre manière d’être au monde. Celle de Rachid Ibersiene fait les deux. Ancien...

3 Commentaires

5 mai, 2025

Épisode #132: Hamoudi Laggoune - Réparer l’image p...

Le hasard a voulu qu’au cours de cet échange, une coupure internet vienne interrompre notre conversation pendant quelques secondes. J’ai cho...

0

27 avril, 2025

Episode #134: Rachid Koraïchi – Le conteur d’âmes ...

Derrière les symboles et les signes, il y a des histoires. Rachid Koraïchi, artiste et conteur, nous emmène dans un voyage où l’art devient ...

4 Commentaires

24 août, 2025

Episode #133: Rachid Ibersiène - Ce que le fromage...

Il y a des voix qui apaisent et des métiers qui racontent une autre manière d’être au monde. Celle de Rachid Ibersiene fait les deux. Ancien...

3 Commentaires

5 mai, 2025

Slim Notes Newsletter

Vous appréciez cette lecture ? Abonnez-vous à la newsletter et recevez nos prochaines parutions dès leur sortie.

Popularité & Médiocrité

“Chaque effet que vous produisez vous donne un ennemi de plus. Pour être populaire, il faut être médiocre”

Oscar wild

Découvrez aussi

Dans les rues, les chaînes de valeur, invisibles

Une flânerie urbaine qui ouvre les yeux sur ce que les objets racontent : matières, métiers, flux, dépendances et rapports de force. Un texte issu d’une réflexion au pas de marche. Je marchais tout à l’heure, un peu au hasard, comme on le fait quand l’esprit cherche de l’air. Et puis quelque chos...
Une flânerie urbaine qui ouvre les yeux sur ce que les objets racontent : matières, métiers, flux, dépendances et rapports de force. Un texte issu d’u...

0

25 novembre, 2025

"Au-delà des Marges : Considérations Économiques et Sociales pour une Gestion Prudente des Secteurs Industriels"

C’est un signal d’alarme à l’attention de ceux qui passent leur temps à s’enorgueillir de pousser à la réduction des marges des industriels, il ...
12 mai, 2024

Entre Passion et Révolution: L'Avenir du Football et de la Médecine Sportive en Algérie avec le Dr Yacine Zerguini

Yacine Zerguini est Chirurgien Orthopédiste, membre du comité médical de la FIFA, Vice-Président du comité médical de l’Association des comités...
10 février, 2024

Ce n’est pas le génie, c’est le terreau

On nous répète à longueur d’articles, de conférences et de success stories qu’un homme ou une femme, armé(e) de son génie et de sa détermination, peut...
4 juillet, 2025

"C'est toi qui l'as écrit, ou c'est l'IA ?"...

Avec la généralisation des outils d’intelligence artificielle dans les processus de création de contenu, une question revient de façon insistant...
6 juillet, 2025

Restez connecté à mes idées

Abonnez-vous pour être informé de mes derniers articles, inspirations et points de vue.

Vie économique

Technologie

Santé

Podcasts

Mes lectures du moment

Libres pensées

Gouvernance

Géopolitique

Education

Culture

Architecture & urbanisme

Aphorismes

Agriculture & Environnement