C’est ma rencontre avec un jeune entrepreneur algérien, fondateur de la plateforme Basma Talent dédiée à l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, qui m’a conduit à écrire ce post.
Au cours de nos échanges, un chiffre revenait régulièrement : près de 4 millions d’Algériens seraient concernés, à des degrés divers, par une forme de handicap. Au-delà du chiffre lui-même, c’est surtout la réalité quotidienne de ces citoyens qui a retenu mon attention.
Il suffit d’observer notre environnement urbain pour constater que beaucoup reste à faire. L’accessibilité demeure insuffisante dans de nombreux espaces publics et privés : trottoirs, bâtiments administratifs, entreprises, immeubles d’habitation, transports en commun, gares routières ou encore certaines infrastructures aéroportuaires. Pour de nombreuses personnes handicapées, des actes aussi simples que se déplacer, travailler ou accéder à un service relèvent encore du parcours d’obstacles.
L’État et le mouvement associatif ne sont pas restés inactifs. Des initiatives existent et méritent d’être saluées. C’est notamment le cas de Basma Talent dont les équipes mènent depuis plusieurs mois un remarquable travail de sensibilisation à travers une caravane qui sillonne plusieurs régions du pays, ainsi qu’au moyen d’une plateforme destinée à mettre en relation les personnes handicapées à la recherche d’un emploi avec les entreprises.
Mais la question de l’emploi reste centrale. La législation algérienne prévoit depuis longtemps des mécanismes favorisant l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, notamment à travers l’obligation pour les entreprises de réserver une part de leurs effectifs à cette catégorie de citoyens. Pourtant, chacun peut constater que leur présence au sein de nos organisations demeure encore limitée au regard des ambitions affichées.
Je suis convaincu qu’il est temps de franchir une nouvelle étape.
Alger pourrait devenir une ville pilote en matière d’accessibilité universelle à travers un programme progressif visant à adapter les espaces publics, les transports, la signalétique et les bâtiments aux besoins des personnes handicapées. Une telle démarche constituerait un signal fort pour l’ensemble du pays et traduirait concrètement notre volonté collective d’inclusion.
Parallèlement, les entreprises de plus de cent salariés devraient faire de l’intégration des personnes handicapées une priorité réelle. Au-delà du respect de la réglementation, il s’agit d’un enjeu de responsabilité sociétale, mais également de dignité humaine. Les outils existent aujourd’hui pour faciliter cette démarche. Des plateformes comme Basma Talent permettent d’identifier des profils qualifiés, motivés et désireux de contribuer pleinement à la vie économique nationale.
Cette réflexion concerne naturellement l’ensemble des acteurs économiques du pays, publics comme privés. Si l’exemplarité doit venir de quelque part, elle devrait commencer par nos plus grandes organisations. Sonatrach, fleuron de l’économie algérienne, mais également les banques publiques, les compagnies d’assurance, les opérateurs de télécommunications et les grands groupes privés pourraient jouer un rôle moteur en matière d’inclusion professionnelle et entraîner dans leur sillage l’ensemble du tissu économique national. La publication régulière d’indicateurs relatifs à l’emploi des personnes en situation de handicap constituerait d’ailleurs un premier pas concret et mesurable.
Une société se juge aussi à sa capacité à intégrer celles et ceux qui rencontrent le plus d’obstacles dans leur quotidien. Sur ce sujet, nous disposons déjà des textes, des compétences et des initiatives nécessaires. Il nous reste désormais à transformer l’intention en action et à faire de l’inclusion une réalité visible dans nos villes, nos institutions et nos entreprises.
Pour ma part, j’ai décidé de ne pas me limiter à ce plaidoyer. J’ai choisi d’apporter, à titre entièrement bénévole, mon réseau relationnel, mon expérience professionnelle ainsi que le temps que je pourrai consacrer à cette initiative. Mon objectif est simple : contribuer, à mon échelle, à faire de Basma Talent une réussite entrepreneuriale et sociale au service de l’inclusion des personnes en situation de handicap.
Je suis convaincu que les grandes transformations naissent souvent de quelques initiatives portées avec conviction avant d’être adoptées par le plus grand nombre. J’invite donc les entreprises, les institutions, les associations et toutes les personnes de bonne volonté à découvrir Basma Talent, à soutenir cette démarche et, surtout, à ouvrir davantage leurs portes à des femmes et des hommes dont le handicap ne saurait occulter les compétences, le talent et la volonté de contribuer pleinement au développement de notre pays.