Chaque été en Algérie, un phénomène bien connu se reproduit. Les responsables des institutions publiques prennent leurs congés et sont remplacés par des intérimaires. Jusque-là, rien de très anormal. Toutes les organisations prévoient des mécanismes de continuité afin que le service public ne s’interrompe pas.
En pratique, les choses se passent souvent autrement.
De nombreux intérimaires acceptent officiellement la mission qui leur est confiée, mais refusent d’assumer pleinement les responsabilités qui en découlent. Les dossiers s’accumulent, les signatures sont reportées et toutes les raisons deviennent bonnes pour ne pas engager leur responsabilité.
Les citoyens comme les chefs d’entreprise connaissent désormais ce scénario. Ils finissent tous par poser la même question : pourquoi refuse-t-on de signer ?
La réponse est presque toujours la même :
« Ils ont peur. »
Peur de quoi ?
D’aller en prison !
Cette simple réponse mérite que l’on s’y arrête.
Comment un pays peut-il fonctionner sereinement lorsque l’exercice normal d’une responsabilité administrative est perçu comme un risque pénal ?
Le plus préoccupant est que cette situation semble désormais admise comme une fatalité. Dans certaines administrations, lorsqu’aucun intérimaire n’accepte d’assumer pleinement ses fonctions, il est demandé aux usagers de revenir après les vacances, parfois jusqu’à la fin du mois d’août. Comme si la continuité du service public pouvait, elle aussi, prendre ses congés.
Il ne s’agit évidemment pas de minimiser la nécessité de lutter contre la corruption ou les abus de pouvoir.
Les responsables publics doivent rendre des comptes. Mais il existe une différence fondamentale entre sanctionner une faute intentionnelle et créer un environnement où chacun redoute de prendre la moindre décision. À force de vouloir éliminer tout risque, on finit par installer une administration où le principal risque devient… de décider.
Il serait toutefois injuste de faire porter la responsabilité de cette situation aux seuls intérimaires.
Ils évoluent dans un environnement où la prudence est souvent perçue comme la meilleure protection. Beaucoup préfèrent ne rien signer plutôt que de prendre une décision pourtant conforme aux textes.
Cette culture de l’abstention administrative a un coût économique et humain considérable. Derrière chaque dossier bloqué se trouvent un investissement retardé, une entreprise pénalisée, un citoyen privé d’un droit ou un projet reporté.
Il est probablement temps d’ouvrir ce débat avec lucidité.
Comment protéger les responsables qui agissent de bonne foi dans le respect de la loi ? Comment distinguer clairement l’erreur d’appréciation de la faute délibérée ? Comment redonner confiance à ceux auxquels l’État confie, même temporairement, une responsabilité ?
L’intérim ne devrait jamais être une simple présence destinée à attendre le retour du titulaire. Il est conçu pour assurer la continuité de l’action publique.
La véritable continuité du service public ne se mesure pas à l’ouverture des bureaux, mais à la capacité de ceux qui les dirigent à exercer pleinement les responsabilités qui leur sont confiées, y compris pendant les
vacances. À défaut, l’intérim cesse d’être un mécanisme de continuité pour devenir une simple période d’attente.