Le Munich Security Report 2026 – Under Destruction**, vient à point nommé compléter et conforter notre analyse récente des transitions simultanées et de l’entrechoquement des plaques tectoniques qui traversent l’Algérie. Il décrit une évolution nette de l’environnement international : affaiblissement du multilatéralisme, retour assumé des rapports de force, montée des logiques transactionnelles et remise en cause progressive des cadres normatifs hérités de l’après-1945.
Le rapport souligne que les règles internationales pèsent moins lorsque les grandes puissances privilégient la puissance, la négociation bilatérale et une conception étroite de la souveraineté. Il met également en évidence une réduction des ambitions en matière de coopération internationale et une pression accrue sur les mécanismes d’aide et de développement.
Pour les pays du Sud global, le message implicite qui ressort du rapport de cette rencontre de Munich est on ne peut plus clair : l’environnement devient moins protecteur et plus exigeant. Les garanties et les financements se réduisent. La compétition stratégique s’intensifie. Il leur faudra donc :
- renforcer leur souveraineté économique,
- réduire leurs dépendances énergétiques et alimentaires,
- investir dans la défense et la cybersécurité,
- consolider la cohésion interne.
Vaste programme, lourd de conséquences financières, économiques, sociales et surtout politiques.
L’Algérie, en sa qualité de pays du Sud global, est directement concernée par cette évolution. En effet, elle s’est engagée simultanément dans plusieurs transitions : politique, économique, énergétique, technologique, numérique, démographique & sociale, agricole, culturelle & linguistique, financière, institutionnelle, infrastructurelle, bureaucratique et diasporique. Ces dynamiques interagissent. Elles doivent être organisées. Dans ce cadre, la transition politique devient déterminante car elle conditionne la capacité de coordination et d’absorption des autres transitions.
Les transformations économiques exigent vision, confiance et lisibilité. La diversification productive suppose un cadre stratégique stable. La pression démographique impose un horizon structuré. La cohésion sociale dépend d’institutions capables d’organiser les attentes et de maintenir la crédibilité de l’action publique. La transition politique ne signifie pas rupture désordonnée ; elle implique une clarification des priorités, une amélioration de la cohérence décisionnelle et une consolidation de la légitimité institutionnelle. Dans un environnement international plus transactionnel, la solidité interne devient un levier de négociation externe.
Cependant, l’Algérie demeure exposée à plusieurs vulnérabilités : une dépendance très marquée aux hydrocarbures, des rigidités financières paralysantes, une forte pression démographique et un environnement régional instable. Dans le contexte décrit par le rapport, ces fragilités pèsent davantage car les mécanismes d’amortissement internationaux se réduisent considérablement, même si, dans sa doctrine, l’Algérie s’interdit de recourir à l’aide internationale, sauf rares exceptions.
La diversification productive devient donc une nécessité stratégique, la modernisation financière une condition de fluidité, la sécurité alimentaire un facteur de stabilité et la souveraineté numérique un enjeu de maîtrise. Ces transitions doivent être articulées : sans coordination, elles se neutralisent ; avec cohérence, elles se renforcent.
Le rapport ne propose pas de solutions pour les pays du Sud. Il envoie un signal : l’ordre international devient plus compétitif et moins régulé. Les États qui renforcent leur cohérence interne améliorent leur position relative, tandis que d’autres, moins attentifs à cette cohérence, subissent davantage les dynamiques extérieures.
La priorité pour l’Algérie est donc claire : réduire les vulnérabilités internes afin d’élargir sa marge de manœuvre externe. Dans le contexte actuel, la cohérence politique, la vision stratégique et la capacité d’exécution constituent les premiers déterminants de la marge de manœuvre nationale.
**https://securityconference.org/en/publications/munich-security-report/2026/