
Une mesure censée rationaliser… ? Depuis quelques semaines, les entreprises industrielles algériennes ainsi que les entreprises de service, sont soumises à une nouvelle règle; celle de l’obligation de créer une société importatrice distincte, pour acquérir leurs intrants (matières premières, pièces de rechange, équipements spécifiques, couts de licences et services). Le ministère du Commerce justifie cette réforme par la nécessité de rationaliser les achats en devises, de mieux suivre les flux d’importation et d’encourager la production nationale dans une logique de substitution aux importations.
… malheureusement, elle produit l’effet inverse. En réalité, cette mesure introduit un triple déséquilibre :
- Inflationniste : chaque transaction passe par une couche supplémentaire de coûts (gestion, fiscalité, marges artificielles), qui se répercute sur les prix de revient et finit dans le panier du consommateur.
- Inefficace fiscalement : la multiplication des entités n’augmente pas forcément les recettes fiscales, car ces structures importatrices n’ont pas de réelle activité productive.
- Anti-compétitive : les industriels perdent le lien direct avec leurs fournisseurs internationaux et voient leur compétitivité s’éroder face aux concurrents étrangers.
Le paradoxe de la substitution aux importations… Le discours officiel prétend stimuler la production nationale d’intrants. Or, une telle politique ne peut réussir qu’avec des incitations réelles à l’investissement, des infrastructures fiables et une stabilité réglementaire. Ici, la mesure produit l’effet inverse :
- Les entreprises nouvellement créées pour fabriquer des intrants locaux devront, elles aussi, importer matières premières, pièces de rechange ou services.
- Ce faisant, elles seront soumises à la même règle de création d’entités d’importation si nécessaire.
- On entre alors dans un mécanisme absurde de poupées russes administratives infinies, où chaque industriel devient prisonnier d’une chaîne sans fin d’intermédiaires.
Conséquences pour l’économie nationale. À terme, ce dispositif génère :
- une hausse des prix sans amélioration de la productivité,
- une érosion du pouvoir d’achat déjà fragilisé,
- une perte de compétitivité à l’export,
- et une dissuasion des investisseurs, locaux comme étrangers, face à une bureaucratie incompréhensible.
Conclusion … ! En prétendant rationaliser et substituer, l’État introduit une distorsion inflationniste et bureaucratique qui mine à la fois la compétitivité et la souveraineté industrielle. La substitution aux importations ne peut être le fruit d’une contrainte administrative, mais d’une stratégie industrielle cohérente, bâtie sur l’investissement, l’innovation et la stabilité. Faute de quoi, la politique actuelle n’est qu’une illusion coûteuse.
Slim Othmani, Septembre 2025